Recherche :





Evacuation par la force du sit in de l'Opposition le 2 mai 2012










31.05.2012 11:47

Compte tenu des évolutions actuelles de la situation en Mauritanie, faut-il modifier les stratégies pour faire quitter Aziz ?

Par Cheikh Ould Ebnou

Par Cheikh Ould Ebnou

Les avis divergent sur les modalités, mais une grande majorité d’intellectuels adhère à l’idée de changement de stratégies. Dans ces conditions, à côtés des nouvelles tactiques supposées plus efficaces compte tenu des menaces, la place revendiquée pour les actions civiles de défense s’élargit, à juste titre. Si les attaques par des bombes lacrymogènes, les chiens entrainés et les bâtons des forces de l’ordre enlèvent au citoyen le contrôle de la défense de sa patrie, les actions civiles le restituent dans ses droits et ses devoirs. Or le monde est traversé par la crise morale engendrée par les industries culturelles, filles du capitalisme. L’avènement de la responsabilité individuelle au service de la collectivité recèle des valeurs morales susceptibles de redonner aux solidarités et aux objectifs nationales. 

Rappelons que la situation économique de la Mauritanie est catastrophique. Cette situation est le résultat prévisible d’une crise politique sans précédent et dont le pouvoir en place et singulièrement le Chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz, porte l’entière responsabilité. Sur le plan de la violation des libertés individuelles et collectives, toutes les limites ont été franchies. En témoignent la répression sans retenue des manifestations pacifiques à Nouakchott et dans nombre d’autres régions de l’Intérieur. 

Devant l’incapacité du Pouvoir à respecter les engagements pris lors des Accords de Dakar suivie par l’impossibilité pour lui de réaliser les promesses populistes distribuées avec générosité lors de sa campagne électorale puis par son échec à administrer le pays et a empêcher l’explosion des prix, la montée du chômage, la paupérisation de la population, la dilapidation des deniers publics, l’installation de l’insécurité et les menaces sur l’unité de notre pays, devant cette situation insoutenable, des pans entiers du peuple mauritanien ont décidé d’exercer leur droit naturel à demander, de façon pacifique, civilisée et légale, le départ du Chef de l’Etat. Des lors deux questions se posent, qui sont ceux qui réclament son départ ? Et quelles stratégies devons nous adopter ? 

Certains « militants pour la liberté » n’accordent aucune importance à la tactique. Ils adoptent plutôt des attitudes négatives vis-à-vis de la planification. Cette résistance à la planification stratégique se manifeste sous plusieurs formes dont les plus importantes sont:

Les rêveurs, cette catégorie de combattants pensent naïvement qu’il suffit d’affirmer et de visualiser ses objectifs fermement pour que les choses changent.

Les patients estiment qu‘il suffit de rester durablement fidèle à ses principes et idéaux pour que tôt ou tard ceux-ci se réalisent. Affirmer ses objectifs et rester fidèle à ses idéaux sont d’admirables qualités, mais elles sont insuffisantes pour briser le statut quo. C’est ici que se trouvent souvent, ceux qui s’entêtent à ne rien entreprendre pour chasser la dictature que par la voie des urnes. En oubliant naïvement qu’un dictateur n’a de « dictature en lui » que, justement, parce qu’il empêche, par tous les moyens, une alternance d’émerger. 

Les distraits sont une troisième catégorie. Ils reconnaissent qu’il faut planifier une action, mais ils le font à court terme et de façon purement tactique. Ils n’essaient pas d’élaborer un plan d’action ou une stratégie à long terme. Ils se laissent aisément détourner de leurs objectifs principaux, se laissant distraire par toutes les initiatives de leurs adversaires. Beaucoup d’ « élites intellectuelles » font partie de cette catégorie, car « l’absurdité » de la méthode et des actions du dirigeant autoritaire leur fait croire que la dictature ne pourra pas s’éterniser. Or, elles oublient que cette forme de gouvernance, les empêche d’avoir une « opinion rationnelle » de la situation puisque les facéties du dictateur finies par atteindre et phagocyter le cœur même de la « raison » en substituant celle-ci par « l’émotion », ce qui la rend plus perméable à la « distraction ». 

Les défaitistes ne se gênent pas pour planifier parce qu’au fond d’eux-mêmes, ils ne croient pas en la victoire. Ils sont convaincus de la justesse de la cause, mais estiment que l’adversaire est trop puissant. Ceux qui font partie de cette catégorie, sont ceux-là mêmes que le parti présidentiel « recrute » comme candidats aux élections, pour justifier aux yeux de l’opinion internationale, la parodie de démocratie . Beaucoup de membres de l’ancien régime, font également partie de cette catégorie car ils ont entamé diverses démarches d’allégeance auprès de l’actuel régime, préférant donc la soumission à la dictature, plutôt que de lutter contre elle. 

Naturellement, les militants pour la liberté qui ne réalisent pas l’importance capitale d’une stratégie soigneusement élaborée ne pourront jamais atteindre leurs objectifs. Ils sont constamment sur la défensive, réagissant aux initiatives du régime dictatorial plutôt que de planifier une stratégie ; gagnant quelques batailles, mais perdant en fin de compte la guerre contre l’oppression. 

Pour renverser la dictature de Mohamed Ould Abdel Aziz efficacement et au moindre coût, il est impératif de travailler à quatre tâches :

- Renforcer la détermination de la population opprimée et sa confiance en elle-même, et améliorer ses compétences pour résister ; 

- Fortifier les groupes sociaux indépendants et les institutions qui structurent la population opprimée (COD, 25 FEVRIER, TPMN, MJM, FOR-MAURITANIA…) ; 

- Créer une puissante force de résistance interne ; 

- Développer un plan stratégique global de libération judicieux et le mettre en œuvre avec compétence.

Une lutte de libération est un temps d’affermissement de la confiance en soi et de renforcement de la cohérence interne des groupes combattants. En 1879 et 1880, lors de la campagne irlandaise de grève des loyers, Charles Stewart Parnell professait : « Il est inutile de compter sur le gouvernement…vous ne devez compter que sur votre propre détermination… Aidez vous en vous soutenant les uns les autres… fortifiez ceux qui, parmi vous, sont faibles… unissez vous, organisez vous… et vous gagnerez… Une fois que vous aurez pris cette question en main, c’est à ce moment-là, et pas avant, qu’elle sera résolue. » 

Quand la dictature doit faire face à une force solide, sûre d’elle-même, dotée d’une stratégie intelligente, avec des actions disciplinées, courageuses et vraiment puissantes, elle finira par s’écrouler. Mais, au minimum, les quatre conditions énumérées ci-dessus devront être remplies. Comme nous venons de le montrer, la libération des dictatures dépend finalement de la capacité des peuples à se libérer eux-mêmes. Les expériences réussies de défiance politique – ou de lutte non violente à buts politiques – cités précédemment prouvent qu’il est bel et bien possible pour les populations de se libérer par elles mêmes.