Recherche :





Evacuation par la force du sit in de l'Opposition le 2 mai 2012










06.06.2012 15:02

L’apprenti sorcier

Mohamed Baba, Professeur

Mohamed Baba, Professeur

C’est un apprenti qui, en l’absence de son  maître magicien, voulait jouer au sorcier. A force de travailler à côté se son maître il avait fini par mémoriser le sortilège que jetait, à chaque fois qu’il était fatigué et n’avait pas envie d’aller chercher de l’eau, le magicien sur le gros pilon rangé dans un coin de la grande salle du moulin. A chaque fois et sitôt la formule magique prononcée, le gros pilon s’animait, attrapait le seau par son anse, dévalait le talus jusqu’à la rivière et remontait pour balancer l’eau dans les cuves puis recommençait avec un enthousiasme toujours renouvelé. Quand les cuves étaient pleines, le Maître jetait un autre sortilège qui stoppait net l’activisme du pilon qui déposait le seau et revenait se ranger gentiment dans le coin de la salle du moulin.

Remarquant que les cuves étaient vides en ce jour d’absence du Maître, l’apprenti sorcier se tourna vers le pilon et lui lança la formule magique. Le pilon se mit alors au travail sous les yeux émerveillé de l’apprenti. Mais bientôt les cuves commençaient à se remplir puis à déborder risquant d’inonder irrémédiablement les mécanismes du moulin. Pris de panique, l’apprenti sorcier en oublia la formule qui stoppait le pilon. Affolé, il se saisit d’un sabre qui était accroché au mur et rattrapa le pilon  qu’il coupa d’un coup sec en deux. Mais, pour son malheur, l’apprenti sorcier vit les deux parties du pilon s’animer et se relever, chacune avec un seau en se dirigeant vers la rivière avec le même enthousiasme qui animait leur géniteur. L’apprenti sorcier les poursuivit en donnant des  coups de sabre dans tous les sens mais à chaque fois qu’il touchait un morceau du pilon se dernier se scindait en deux et les deux parties rejoignaient le cortège pour alimenter les cuves qui inondaient le moulin…

Dans cette région du Sahel, Mohamed Ould Abdel Aziz n’arrive plus à endiguer les malheurs qu’il a enclenchés. Pire il persiste et signe en continuant ses expérimentations hasardeuses. C’est la Mauritanie qui en payera l’addition, un jour ou l’autre.

Après avoir déstabilisé le Mali en soutenant le MNLA (soutien matériel, logistique et en lui offrant une base arrière) et en espérant que ce dernier se chargeât de combattre AQMI à sa place et à la place de son Maître-magicien (Sarkozy), le voila qui se retrouve Gros-jean comme devant avec, en prime, une coalition formée d’Aqmi, ses alliés Ansar Eddin et le MNLA. Affolé de voir ceux-là mêmes qu’il  combattait à titre préventif pour, soit disant, les éloigner de la frontière mauritanienne diriger un nouvel Etat qui partage avec lui 2300 km, notre apprenti sorcier, incapable de se rappeler la formule magique, se mit à donner des coups de sabre dans l’air en divisant à chaque fois en deux les morceaux du maléfique pilon.

Le Mali voisin est menacé d’une guerre civile mettant en prise le Nord et le Sud du pays mais aussi, au Nord, les différentes composantes de la société malienne (Touaregs, Maures, Peuls, Songhai…). Les Maures maliens sont le prolongement transfrontalier des tribus de l’Est de la Mauritanie (Brabich, Kounta…). Au lieu d’œuvrer pour l’unité territoriale du Mali ou au moins observer une neutralité vis-à-vis de cette guerre civile, Ould Abdel Aziz choisit de soutenir les Maures maliens, leur offre de tenir congrès en Mauritanie (Nbeiket Lehwach), se présente en garant et en référent naturel pour eux. C’est une pure folie.

Que dirions-nous si, à l’occasion de troubles interethniques en Mauritanie, le Sénégal venait à organiser un congrès de ce type à Saint-Louis pour les Négro-africains de Mauritanie ?

Intervenir contre AQMI sur le territoire malien était une ingérence inadmissible et dangereuse pour notre pays. Impliquer la Mauritanie dans la guerre civile malienne et en plus le faire sous un couvert ethnicoracial pour appuyer les Maures du Mali est une faute que l’Histoire de saurait pardonner à Ould Abdel Aziz. Son ignorance des enjeux géopolitiques et des arcanes de la diplomatie ne pourraient lui servir d’éternel excuse dans ce domaine.

Evidemment il est tentant d’essayer de convaincre, encore une fois, le partenaire français qu’on avait, entre les mains, des cartes maîtresses dans le jeu de la sous région et que, à défaut d’avoir la puissance de frappe de l’Algérie, nous avons des relations que nous pourrons mobiliser le moment venu. Mais ce fut le même calcul qui avait servi pour justifier l’appui au MNLA. On connait le résultat. Et puis le Français ne sont, peut être, pas disposés à continuer à suivre un aventurier qui les avait déjà menés en bateau dans cette affaire du soutien au MNLA (Mouvement National pour la Libération de l’Azawade).

Dans la légende de l’apprenti sorcier, le Magicien finit par revenir pour prononcer la formule magique qui reconstitua le pilon, l’arrêta et le renvoya dans un coin du moulin. Mais le peuple mauritanien ne pourra attendre le retour d’un quelconque magicien. Il est grand temps d’arrêter le massacre. Il est urgent de stopper l’apprenti sorcier Mohamed Ould Abdel aziz.