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Evacuation par la force du sit in de l'Opposition le 2 mai 2012










09.06.2012 12:58

Mauritanie : Une C.E.N.I magique ou l’illusion.

Il est surprenant et même suspicieux que des hommes politiques d’envergure nationale, aguerris de surcroit se réclamant de l’opposition puissent croire ou faire croire qu’une Commission Electorale Nationale Indépendante (C.E.N.I), quelle que soit la formule adoptée ou concoctée et quels que soient les hommes ou les femmes de qualité qui la composeraient pourrait être garante d’une élection démocratique, libre et transparente sous un régime autocratique, dictatorial ou putschiste. 

Les exemples nombreux et variés dans la sous-région prouvent plutôt le contraire. On peut citer quelques cas récents : En république démocratique populaire du Congo, une C.E.N.I a été  créée le 28 juillet 2010 dirigée par un religieux respecté le Révérend Pasteur, Daniel NGOY Mulunda - Nyanga, avec une composition qui n’a été l’objet d’aucune contestation. Mais face au pouvoir autoritaire de Joseph Kabila, cette C.E.N.I a  été obligée de battre en retraite , malgré le caractère frauduleux des élections  présidentielles du 28 novembre 2011, dénoncé par les évêques catholiques, les observateurs nationaux et internationaux. Et elle a fini tout simplement par valider ces résultats contestés sans autre forme de procès.

  • De même en Côte d’Ivoire, le 2 décembre 2010, c’est à la télévision nationale, au vu et au su du monde entier, que les résultats des présidentielles de décembre 2010 validés par la C.E.N.I ont été arrachés dans les mains du président de la C.EN.I et déchirés. Après l'annonce, par cette dernière, de la victoire d'Alassane Ouattara, le Conseil constitutionnel a estimé que les résultats n'étaient pas valides et Laurent Gbagbo  au pouvoir fut proclamé vainqueur par le conseil constitutionnel.
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Chez-nous en Mauritanie, l’Accord de Dakar avait permis à l’opposition de disposer des 2/3 des membres de la C.E.N.I. De plus, toute décision en son sein devrait requérir au moins la majorité des 2/3. En principe l’opposition disposait donc des pouvoirs nécessaires pour gérer le processus électoral ou au moins s’assurer qu’il ne puisse pas lui échapper. Mais c’était sans compter avec la nature putschiste du régime. Le projet de décret de démembrement régional et départemental fut bloqué par le premier ministre qui, en réalité, devait observer une position de neutralité comme le prévoit l’Accord – à noter que l’opposition était également majoritaire dans le gouvernement de transition-.  Le pouvoir avait imposé  la date des élections alors que le gouvernement était en discutions pour déterminer une date – donc il s’agit rien de moins qu’un putsch électoral-  Les élections ont eu lieu, les résultats ont été contestés et Ould Abdel Aziz s’est déclaré vainqueur, le Conseil Constitutionnel a validé et le président de la C.EN.I a démissionné. Et on connait la suite.  

Tout cela montre qu’il est illusoire de compter sur une C.E.N.I, pour organiser des élections libres et démocratiques, fussent-elles les plus honnêtes et les plus neutres face à un pouvoir dictatorial. Le problème n’est  pas en général la C.E.N.I qui n’est en réalité qu’un mécanisme, le problème c’est le putschisme des pouvoirs en place.

La proclamation de la création d’une C.E.N.I comme résultat miraculeux du dialogue entre les trio dit de l’opposition et le pouvoir n’est en réalité que de la poudre aux yeux, un leurre et de l’illusion. Ce dialogue est censé être le prolongement de l’Accord de Dakar, malheureusement, le résultat ainsi obtenu est de loin en deçà même de ceux obtenus à Dakar, pour l’organisation des élections présidentielles. Et on sait comment ça s’est terminé. C’est dire combien ce marché de dupes nous ramène encore en arrière.  

Donc croire ou faire croire que la mise en place d’une C.E.N.I, en Mauritanie sous ce régime qui n’a jamais  honoré aucun de ses engagements et  dont la méthode de gouvernance est le putsch permanent,  pourrait garantir une transparence quelconque relève de la manipulation et de la connivence ou de l’ignorance.  

Même dans les conditions normales,  sous un pouvoir démocratique, cette C.E.N.I  telle qu’elle a été concoctée a très peu de chances d’être fonctionnelle ou opérationnelle au vu de sa composition. Sachant que dans une élection il y a toujours des contestations, comment est-ce possible, avec une C.E.N.I composée des deux protagonistes à part égale, pourrait-elle être fonctionnelle? Créer un tel cocktail explosif c’est ne rien comprendre aux difficultés liées à une élection. C’est donc une C.E.N.I paralysée de naissance.  « Ce résultat miraculeux » obtenu par nos dialoguistes relève tout au moins de l’amateurisme en matière électorale.  

Faire un dialogue dit « national » aux frais des contribuables et sur le dos des pauvres pour aboutir à ce seul résultat dit concret – c’est-à-dire la création d’une C.E.N.I de cette nature -, le moins qu’on puisse dire est que nos dialoguistes sont très peu ambitieux ou manquent d’imagination, d’autant plus qu’elle ne réglera en rien les multiples problèmes et difficultés auxquels le pays est confronté.

La Mauritanie a besoin plutôt d’un dialogue national qui permettra de mettre fin à ce système politico-militairo-putschiste qui pourrit la vie politique, crée et maintien les injustices sociales et économiques et qui est entrain d’achever le pays en le plongeant dans une situation de déstabilisation sans précédent.

Maréga Baba/France