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Evacuation par la force du sit in de l'Opposition le 2 mai 2012










13.06.2012 13:50

Un gouvernement élargi pour solde de tous comptes

Messaoud Ould Boulkheir, Président de l'Assemblée Nationale et de l'Alliance Progressiste Populaire (APP), continue son marathon auprès des partis membres de la Coordination de l'Opposition Démocratique (COD) avec, sous le bras, une proposition censée sortir le pays de la crise dans laquelle il se débat depuis plusieurs mois. Le noyau de cette proposition résiderait en la formation d'un "Gouvernement Elargi" chargé de superviser les élections législatives et regrouperait quatre pôles: la Majorité du Chef de l'Etat, la COD, la Convention pour une Alternance Pacifique (CAP), à laquelle appartient l'APP,  et la Société Civile.

Ould Boulkheir avait déjà rencontré le président du Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), Ahmed Ould Daddah, il y a de cela deux jours et le vice président de l'Union des Forces de Progrès, Moustapha Ould Bedreddine, hier. A chaque fois, l'accueil fut courtois comme il sied à un compagnon de la trempe de Ould Boulkheir.

Ould Boulkheir aurait affirmé qu'il aurait préféré que la CENI ne fût pas mise en place avant la nomination du "Gouvernement élargi" mais que des considérations indépendantes de sa volonté en avaient fait autrement.

Plusieurs interrogations peuvent être soulevées à la suite de cette initiative :

1- Pourquoi Ould Boulkheir cherche-t-il à rencontrer les partis de la COD séparément. Ne serait-il pas plus pratique et plus rapide de présenter son plan à la COD du moment où c'est la COD qu'il prétend inviter à faire partie de ce gouvernement? Pourquoi ne le fait-il pas avec la CAP ?

2- Que pourrait être la mission de ce "Gouvernement élargi"? Serait-ce, comme l'avait dit Ould Boulkheir lors de son dernier passage à la Télévision, pour appliquer les résultats du premier dialogue et superviser les élections avec la CENI actuelle dont les membres ont été nommés par la CAP et la Majorité du Chef de l'Etat en violation flagrante de son décret de naissance qui stipule que ses membres doivent être nommés, pour moitié, par l'Opposition. Or d'opposition, la Constitution ne connait que l'Institution de l'Opposition Démocratique.

3- Selon des sources proches de l’Initiative, Ould Boulkheir affirme qu'il avait présenté l'idée de ce Gouvernement élargi à Ould Abdel Aziz qui ne s'était pas montré très enthousiaste mais que lui, Messaoud, se ferait fort de l'en convaincre si les autres acceptaient. De deux choses l'une; soit l'idée ne vient pas de Ould Abdel Aziz et dans ce cas sa valeur reste toute relative étant donné que c'est lui qui nommerait le dit-Gouvernement, soit Messaoud est en service commandé et dans ce cas aussi la démarche manque d'intérêt et se résume en une énième manœuvre visant à démobiliser la COD et à la diviser comme sait si bien le faire Ould Abdel Aziz.

La problématique actuelle de la Mauritanie n'est ni la CENI, ni les élections qu'elle est chargée de superviser. Le problème porte un nom c'est Ould Abdel Aziz. Pas la personne de Ould Abdel Aziz mais le personnage. Il sera difficile d'établir une quelconque relation de confiance avec un tel personnage. Il est impossible qu'il fasse partie d'une quelconque solution durable.

L'objectif non avoué de la manouvre en cours est de faire apparaître les partis de la COD, aux yeux, notamment, de partenaires étrangers que Ould Abdel Aziz s'apprête à accompagner dans des aventures militaires hasardeuses,  dans le rôle de ceux qui empêchent de tourner rond. "Voyez, leur dira-t-il, je leur ai proposé d'entrer au Gouvernement, mais ils ne veulent rien entendre".

La solution de sortie de crise passe, certainement, par la mise en place d'un Gouvernement d'Union Nationale englobant tous les acteurs de la vie politique du pays qui sont ceux qu’énumère Ould Boulkheire. Mais c'est un Gouvernement de Transition vers une démocratie véritable inaugurée par des élections générales organisées par une CENI consensuelle et irréprochable. Un tel Gouvernement ne pourra pas être nommé par Ould Abdel Aziz et ne pourrait se mettre en place qu’en son absence.